Search
  • Emmanuel Versace

Morgan Ursault-Poupon : Les épatants outsiders et la révélation Pip Hare



Après dix années passées entre deux ports au quatre coins du monde, plus de six mois à terre au même endroit (en Bretagne tout de même) peuvent paraître une anomalie de parcours pour Morgane Ursault-Poupon. La skippeuse de UP Sail (#30) s’est provisoirement sédentarisée et profite de cette période pour boucler son budget de fonctionnement (50k €) pour démarrer sa saison 2021, avec la transat Jacques-Vabre en ligne de mire. « Ça fait du bien de se poser, » avoue-t-elle sans fard. Je profite de cette période de tranquillité pour voir sur le long-terme et préparer la suite. » L’ancien Class40 de Tanguy de Lamotte s’est, lui, doté d’une nouvelle casquette et de nouveaux safrans pour une mise à l’eau prévue mi-avril.


Elle profite également de son temps de terrienne pour suivre ses proches, Manuel Cousin (Groupe Sétin) et Isabelle Joshke (MACSF) sur le Vendée Globe. Si le premier « est sa place », elle a ressenti une immense tristesse pour la seconde qui a dû abandonner suite à une avarie de quille et qui doit maintenant lutter contre son bateau et les éléments pour se mettre à l’abri. Sa révélation jusqu’à présent ? « Pip Hare ! Sans aucun doute ! ».


Désillusion pour Yannick Bestaven


On a tous été très heureux de voir Yannick Bestaven (Maître CoQ) leader au passage du Cap Horn. Cette succession de phénomènes météo au large du Brésil avec cet anticyclone dans lequel il s’est enlisé ont détruit toute son avance... Cela dit, il n’y a que 100 miles entre le premier [Charlie Dalin | Apivia] et le 6e et tout est encore possible sur cette remontée de l’Atlantique Sud. Il faut aussi compter sur le Golfe de Gascogne qu’ils vont traverser d’ici 3 semaines. On sait que les conditions peuvent être assez difficiles. Les bateaux ont souffert, les marins commencent à accumuler de la fatigue et tous les scénarios sont encore envisageables.


De très beaux outsiders


Ce Vendée a été passionnant parce que de nouvelles figures ont émergé. Outre Jean Le Cam (Yes We Cam !) qu’on connait et qui est épatant, il y a aussi Damien Seguin qui fait une course extraordinaire, Benjamin Dutreux (OMIA - Water Family) qui, s’il a déjà fait ses classes en Figaro, a montré qu’il est un grand compétiteur en large. Et ils sont au contact avec la tête de la flotte avec des bateaux à dérives droites d’anciennes génération... C’est possible que si Jérémie Beyou (Charal) et Alex Thomson (Hugo Boss) étaient encore en course, la configuration aurait été tout à fait différente en tête de course avec moins de place pour les outsiders. Mais ce qu'ils réussissent à faire est très beau.


Pour moi la révélation de ce Vendée Globe est Pip Hare (Medallia). Personne ne la connaissait avant le départ et elle fait un Vendée très propre tout en gardant tout le temps le sourire. La manip qu’elle fait pour réparer son safran a été remarquable. Elle s’était entraînée à changer son safran avant le départ et ça a peut-être tout changer pour elle. On voit bien ici que la préparation est cruciale sur une course aussi exigeante que le Vendée. Chapeau pour tout ce qu’elle fait et avec un petit budget en plus. C’est une grand marin qui s’est révélée.



Manuel Cousin, de qui je suis proche, mène une belle course et est à sa place à la 21e position. Il fait sa course. Il arrive à la fin de son Pacifique et n’a pas eu de problème technique majeur. Ce doit être tout de même dur pour eux qui sont loin derrière les premiers déjà au large du Brésil, quand eux ne sont pas encore sortis du Pacifique. Mais il est très fort mentalement. J’ai eu sa femme dernièrement pour savoir si ce n’était pas trop dur pour elle mais elle est très occupée à faire le lien avec les scolaires des Sables d’Olonne, qui suivent le parcours de Manuel, l’un des locaux de la course.


La triste sortie d’Isabelle Joshke


J’ai pas mal croisé Isabelle sur les pontons. La voir passer le Cap Horn avec le paquet de tête était super surtout après la belle remontée qu’elle a faite. Elle a navigué très proprement, fidèle à son caractère, lucide et courageuse. Ça a été d’autant plus triste de la voir abandonner sur un problème technique, qui est assez grave. Elle est désormais loin des côtes et c’est un nouveau challenge pour elle de trouver un abri.


Le soulagement piège du passage du Cap Horn


On a vu tous les skippers très soulagés de passer le Cap Horn. C’est clair qu’après l’Indien et le Pacifique, c’est un marqueur fort pour eux avec ce sentiment de se dire au fond « le plus dur est derrière moi. » Il faut pourtant être très costaud pour cette remontée de l’Atlantique Sud qui est très compliquée sur des bateaux et des corps fragilisés et fatigués. On a vu pour Clarisse Crémer (Banque Populaire) ce que ce contre-coup provoque. Il faut être super fort psychologiquement pour ne pas se laisser aller et retrouver de la motivation.


94 views0 comments
  • LinkedIn
  • Facebook
  • Twitter
  • Instagram