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  • Emmanuel Versace

Le Vendée Globe vu par les skippers Class40 n°2 - Ian Lipinski


Pour ce deuxième billet du carnet de bord du Vendée Globe vu par les skippers Class40, Ian Lipinski (Crédit Mutuel, 158), vainqueur la Transat Jacques-Vabre 2019, évoque la pression psychologique qu’ont dû ressentir les 33 skippers au départ. S'il évoque les déboirs de Jérémie Beyou, prétendant au titre contraint à renrer aux Sables d'Olonne pour réparere une avarie, il parle également de son admiration pour Jean Le Cam, doyen de la course et temporairement leader au classement avec un bateau (Hubert) de 2007 mais une expérience et une maîtrise digne du Roi Jean.


Mental et psychologie du Vendée Globe


C’est un sacré truc de partir sur cette course, pour les bizuths et même pour les autres. Il y avait beaucoup d’émotion au départ. On sentait que ce n’était pas facile du tout. J’essaie de me projeter et on sent qu’il doit y avoir une pression énorme qui s’installe, une lutte pour ne pas paniquer par rapport à la durée de la course. Certains essaient de se concentrer sur ce qu’il faut faire à l’instant pour ne pas trop penser à l'ampleur de ce qui est en train de se réaliser. Le côté psychologique du Vendée Globe est vraiment plus important que sur les autres courses.


Le retour au port de Jérémie Beyou (Charal) : « Une décision cruelle »


La décision en elle-même n’est pas dure à prendre. Il sait que c’est ça qu’il faut faire. Il n’y a pas le choix à ce moment-là. Une fois la décision prise, digérer la chose doit être horrible. On sait que la course au large est cruelle avec parfois même des abandons quelques heures après le départ. Ce qui est d’autant plus cruel, c’est que Charal est le premier bateau de la dernière génération. Il est mûr en termes de fiabilité, c’est celui qui a le plus navigué, qui a fait le plus de courses. Tu ne penses pas que ce sera le premier bateau avec un souci technique — une poulie de renvoi d’écoute qui s’est arrachée [suivi d’un choc avec un ofni, ndla]. C’est d’autant plus dur que pour quelqu’un comme Jérémie [Beyou], reprendre la course avec des ambitions à la baisse va être très compliqué -- s’il repart. Là, clairement le mental va avoir une part énorme.

📸: Gauthier Lebec / Charal


Le front, le « Roi Jean » et la dépression tropicale


Dans ce premier front au large du Portugal que la flotte a rencontré, il y avait plusieurs possibilités mais je pense que j’aurais pris l’option Ouest. Chaque fois que je prenais des départs de transats, dès qu’il y avait un front, je faisais partie de ceux qui allaient à fond dans le front. Parce que c’est la route la plus performante.


J’ai suivi la trajectoire de Nicolas Troussel (Corum) qui est partie un peu Ouest, puis qui a changé d’idée en revenant Sud. Finalement, il n’a pas perdu tant que ça et il a ménagé son bateau. Se dire « Allez, je ne vais pas forcément sur l’option la plus payante sur le papier mais il faut penser sur le long terme. » J’ai trouvé ça sage pourtant ce ne sont pas des décisions faciles à prendre.


La route de Jean Le Cam (Yes We Cam !) est tout de même incroyable. Même si ça ne va pas durer très longtemps, il est en tête ce jeudi matin en faisant très peu de route. On l’a vu partir des Sables d’Olonne sans voile sur le bout-dehors. On s’est dit : « Olala, Jean ne fait pas la course ! ». Si certains avaient pris le départ en mode régate, lui était déjà en mode Vendée Globe. Finalement c’est la force tranquille : une belle trajectoire,  énormément d’expérience — c’est le doyen de la course — et de la maîtrise. Ce matin je regardais une vidéo de Benjamin Dutreux (Omia - Water Family) qui montrait Jean sous spi, qui le doublait. La maîtrise de Jean, c’est quelque chose et ça montre qu’avec un bateau plus vieux que les autres, moins de pêche physique mais l’art de la course au large, on peut faire de belles choses. C’est quand même beau.


Avec la dépression à venir, il va falloir passer plus ou moins proche d’elle. Plus ils vont passer proche moins ils vont faire de route mais plus ils vont prendre du vent. Tout va être dans le dosage. Cette décision va s’anticiper dès lors qu’ils vont décider comment passer la dorsale et jusqu’où pousser leur dernier empannage.



📸: Jeanmarieliotphoto

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