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  • Sam Holliday

Gaëtan Thomas, l’océan pour rédemption



C’est un garçon pour qui l’aventure a encore ses lettres de noblesse. A 32 ans, Gaëtan Thomas veut battre le record du tour du monde sans escale par les trois caps en Class40. La dernière marque fut signée en 2013 par le regretté Guo Chan en 137 jours. Un record qui voudrait s’adjuger tout en visant les temps de référence des premiers Vendée Globe. « Je veux montrer que les Class40 vont aujourd'hui aussi vite, voire plus vite, que les premiers Imoca, » explique le jeune Belge qui a trouvé dans la course au large un moyen de se retrouver après une adolescence où il était « parti en cacahuète »


Après son record autour du monde, Gaëtan Thomas veut se frotter aux autres sur The Race Around : « parce que le niveau y sera gros et que je recherche la confrontation. » A Lorient, où il termine de préparer « Be The Drop », l’ex-Telecom Italia de Giovanni Soldini, il a pris un peu de son temps pour se confier à Emmanuel Versace sur son parcours, ses attentes et les prochains défis qui se dressent devant lui. 

The Race Around : Gaëtan Thomas, on a beaucoup parlé de toi lorsque tu as annoncé ta tentative de record autour du monde en Class40 par les trois caps et en solitaire. Peux-tu nous raconter ton parcours ? 

Gaëtan Thomas : Je suis Belge de naissance. J’ai 32 ans. Je suis skipper professionnel depuis 2006 mais je fais de la voile depuis tout gamin. D’abord en famille en croisière sur un petit corsaire, puis sur un 35 pied. Ensuite, je suis passé en compétition en Optimist et en 420 dans l’équipe nationale belge. J’ai fait ça jusqu’à mes 15 ans avant de tout arrêter pour des raisons familiale et financière. Je suis un peu parti en cacahuète et j’ai arrêté l’école la veille de mes 16 ans. Mais à 18 ans, j’ai eu l’appel du large. Je voulais devenir skipper. 


Comment s’est déroulée ta formation ? 


Je suis passé par l’école de voile Les Glénans en tant que bénévole. J’ai pu alors partir en Corse puis en Bretagne. Pour continuer à percer, j’ai passé une formation en anglais. Direction : Australie. Je suis parti sans un rond là-bas. Finalement, j’y suis resté un peu plus de deux ans. J’ai pu naviguer sur pas mal de bateaux dont des Maxi. J’ai passé mon Yacht Master et je suis revenu en Europe où j’ai enchainé convoyages et régates. 


Comment es-tu passé à la course au large ? 


L’appel de la course au large est arrivé rapidement. Il y a quelques années, j’ai traversé trois fois l’Atlantique nord en un an et demi, en solitaire. Ok c’était en mode convoyage mais j’avais joué le jeu en navigant au sextant. J’avais 22 ans et déjà je rêvais de faire le Vendée Globe. J’ai essayé mais en 2017 une opportunité s’est présentée : les sélections pour devenir skipper d'un équipage de la Clipper Race World Race. J’ai été sélectionné comme skipper de la Garmin Team, qui a terminé 4e au classement général. 

Qu’est-ce que tu as retenu de cette expérience ?


Les équipiers sont des amateurs, il faut faire un gros travail de leadership et de coaching. C’est aussi la course autour du monde la plus longue pendant laquelle il faut gérer plus d’une centaine d’équipiers différents. C’était super intéressant.  


Pourquoi as-tu choisi ce record en Class40 ? 


Après la Clipper Race, l’histoire devait continuer. Vendée Globe, pas Vendée Globe? On finissait le tour du monde en 2018 et pour le VG 2020, c’était un peu chaud. Et les budgets de Vendée Globe sont devenus fous. Mon rêve était de faire le tour du monde par les trois caps en solitaire sans escale. Et de le faire sur une machine de course d’où mon idée de me lancer sur le record de Guo Chan de 2013. Son temps à battre est de 137 jours et mon parcours sera de Ouessant à Ouessant. Je vise un départ cette année entre octobre et décembre. Je pense que j’ouvre une nouvelle voix avec ce projet. J’espère que mon record donnera envie à d’autres de mieux connaitre les Class40 qui sont aujourd’hui plus performants que les anciens Imoca. C’est d’ailleurs mon défi : battre les temps des premiers Vendée Globe en me rapprochant des 100 jours.


Peux-tu nous parler de ton Class40 ? 


C’est le n°55 construit par Giovanni Soldini en 2007. Il a à peu près tout gagné jusqu’en 2010. C’est un prototype dessiné par Guillaume Verdier construit au chantier FR Nautisme à Lorient. En ce moment, je le prépare pour un tour du monde : un Class40 est plutôt prévu pour des transats. Je suis en train de faire des adaptations comme une cloison étanche à l’avant, des compartiments, etc et je travaille sur des calculs en cas de retournement.


Quel est ton budget pour ton record ? 


On tourne autour des 200.000 €. Avec la crise actuelle, ce n’est pas simple de le boucler mais je suis aidé par un de mes anciens équipiers sur la Clipper. C’est presque le budget d’une Mini-transat et je fais donc tout moi-même. 

Après tu veux enchaîner avec The Race Around. Pourquoi ce choix ?


J’avais toujours l'idée de lancer une campagne pour le Vendée Globe 2024. Il y aura la possibilité de faire la Route du Rhum 2022 et la Transat Jacques-Vabre 2023 mais quand je vois les budgets, ça me parait très compliqué. Sur The Race Around il y aura un gros niveau et je recherche la confrontation avec les meilleurs. Quand j’ai lu que Lalou Roucayrol s’était engagé et que d’autres très bons skippers en parlaient sur les pontons, je me suis dit qu’il fallait la mettre à mon programme. Le fait qu’il y ait la possibilité de le faire en solo ou en double est aussi intéressant. J’espère avoir le budget pour acheter un bateau plus récent pour The Race Around voire même d’en construire un. 


Quelle partie du parcours t’inspire le plus ?  

Tout dépend du classement mais si on joue la gagne, ça peut vite devenir compliqué en fonction de la concurrence et des points. Maintenant d’un point de vue géographique, le Grand Sud reste une zone de jeu potentiellement dangereuse mais tout aussi excitante avec des surfs interminables dans une beauté et une ambiance sans nom. Dans ces endroits, on sait qu’on ne peut pas trop déconner parce qu’on est vraiment seul. Il faut le vivre pour le comprendre. C’est unique. 


Tu peux potentiellement enchainer deux tours du monde en deux ans. Qu’est-ce qui t’attire autant dans ce parcours ? 


Il y a deux façons pour moi de faire un tour du monde. On peut le faire à la Moitessier sur Joshua avec tout à bord et vivre ta vie en se foutant de la vitesse. L’autre est de le faire en régate. Avoir une machine de course où tout est compliqué : manger, dormir, s’habiller, sans toilette ni de frigo. C’est le challenge sportif avant tout. La navigation me plait énormément. Dès que ça dure plus 4-5 jours, ça me plait. Ma plus longue navigation en solitaire a été de 37 jours. J’ai adoré. Il y a aussi une partie philosophique aussi de recherche de soi. Je crois aux rêves et aux énergies. J’ai envie de profiter de ma vie et je me sens vibrer au large dans les éléments. 


Quel sera ton message autour de la Planète ? 


Le nom de mon bateau est « Be the drop » que j’avais créé en lançant une campagne de crowdfunding. L’idée est de sensibiliser les gens sur des actions et des gestes quotidiens pour rendre la Planète plus propre. La course au large en général se met à défendre des causes environnementales et cela va dans le bon sens. Les marins vivent sur la mer, grâce aux éléments, c’est pour ça que ça nous touche plus particulièrement.


- Ends –

Photo 1: Gaëtan Thomas 

Photo credit: Copyright Alain Roupie

Photo 2: Gaëtan Thomas onboard Class40 #55 'Be The Drop'

Photo credit: Copyright Alain Roupie 

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