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  • Sam Holliday

Axel Tréhin << Je ne peux pas faire de la course au large sans être engagé >>


Après s’être fait un nom chez les Ministes (2e de la Mini Transat 2019, 4e en 2015), Axel Tréhin avait hâte de se frotter à la flotte des Class40. Pour son bizutage, il a choisi la dernière Normandy Channel Race (10 septembre 2020). Il n’a pas été déçu et eux non plus. En binôme avec Jörg Riechers sur Rockfall 6 (155), Axel a fait de l’ascenseur émotionnel. Un  début de la course dans le paquet de tête avant le Solent ; un tankage en règle dans un banc de sable quelques milles plus loin ; une remontada depuis l’arrière de la flotte dans une Manche des mauvais jours pour enfin arriver à Caen à la 6e place avec quelques déceptions mais beaucoup de certitudes. Il fallait bien ça pour un baptême. « Le jeu est ouvert […]. Ça va régater et je m’en réjouis d’avance ! ». Le ton est donné. Avec une v.2 de Crédit Mutuel (158) dont la mise à l’eau est prévue pour fin décembre – début janvier, le skipper de « Project Rescue Ocean » se donne la Route du Rhum 2022 comme premier objectif avec The Race Around dans le viseur. « Le tour du monde est dans le cahier des charges du bateau depuis le début. On verra après le Rhum ce qu’il en sera, » explique-t-il. Côté construction, Axel est resté fidèle à ses convictions et à celles de son partenaire. « Je suis très sensible à ces questions [environnementales]. La mise en œuvre des matériaux composite est mon cœur de métier. J’ai suffisamment mis les mains dedans pour connaitre les produits auxquels je suis allergiques. Maintenant que je construis mon propre bateau, l’utilisation de produits plus respectueux de l’environnement me touche particulièrement. » Une dynamique qui va dans le sens du programme RSE « The Futures Program » de The Race Around. Si tu devais résumer la Normandy Channel Race, ta première course en Class40, en trois moments forts, lesquels seraient-ils ? Les deux premiers ne sont pas loin l’un de l’autre ! Le premier est lorsqu’on rentre dans le Solent en bonne position de très courte tête devant l’ensemble de la meute, devant des bateaux plus récents et plus puissants que le nôtre. C’est un moment fort parce que je me rends compte qu’il y a de la place pour faire des choses dans la série. Même avec un bateau qui n’est pas, au niveau de la performance, de la même génération, on arrivait à être à cette position. Le jeu est ouvert et les écarts de vitesse seront plus faibles qu’en Mini6.50 notamment en proto. Ça va régater et je m’en réjouis d’avance ! Le deuxième moment fort, c’est à la sortie du Solent où on s’est posé sur un bac de sable…  Là, la physionomie de la régate a forcément changé. Quand ça a redémarré, on naviguait derrière l’ensemble de la flotte. Le jeu n’était franchement plus le même. Le troisième moment, c’est toute la remontée au près dans la Manche. Les conditions étaient dures et on s’est rendu compte qu’une partie de la flotte a préféré se mettre à l’abri et d’autres ont continué. Personnellement je me suis toujours senti en confiance et en sécurité dans les bateaux. Je n’ai pas eu peur de continuer à avancer. Le principal enseignement dans cette expérience est que je me sens apte à gérer un bateau de cette taille-là que ce soit en équipage réduit, en duo voire en solo. J’ai très hâte de régater ! Tu as un bateau près de la sortie de chantier. Où en es-tu dans ta recherche de partenaires avec « Project Rescue Ocean » ? On sait qu’on ira au bout de la construction du sister ship du bateau de Ian Linpiski (158) en v.2. On recherche encore des partenaires pour boucler le budget de fonctionnement. Avis aux sociétés qui cherchent un projet compétitif construit main dans la main avec l'association écocitoyenne « Project Rescue Ocean » ! Techniquement, toute la structure intérieure a été faite. Le pont a été infusé et la coque le sera la semaine prochaine [l’interview a été réalisée jeudi 1er octobre, ndla]. On va rentrer dans une phase assez longue avec l’assemblage des différents éléments composite fin novembre avant de passer, dans la foulée, à l’équipement pour une livraison fin décembre - début janvier 2021. Ça va arriver vite… Oui, on a de la chance d’avoir un très bon créneau. Le précédent était celui d’Antoine Carpentier (« Redman », 161) qui est sorti 10 jours avant la Normandy Channel Race. Le suivant après nous sera celui de Jonas Gerckens (« Volvo Belgique », 164) qui va être dans le rush avant les premières régates de la saison. Notre date de mise à l’eau sera quatre mois avant les premières courses. On aura un bateau fini à la sortie du hangar et on aura la chance de pouvoir prendre notre temps pour faire connaissance.


L’organisation de The Race Around a lancé son programme RSE « Futures Program » qui promeut, entre autres objectifs, l’économie circulaire et l’utilisation de matériaux biodégradables ou recyclables. Est-ce que ce sont des choix que tu as pu mettre en œuvre dans la construction de « Project Rescue Ocean ». Ce programme tombe en plein milieu de ma réflexion actuelle. Cela fait partie de mes valeurs et de celles de mon projet. Aujourd'hui, je ne peux pas imaginer faire de la course au large et être autant au contact avec la nature sans m'engager pour elle. Mon bateau portera les couleurs de « Project Rescue Ocean  », une association qui mène des opérations concrètes de dépollution et de ramassage de déchets en France et à l'étranger. En tant que bénévoles, nous faisons aussi de la sensibilisation, notamment devant le public scolaire, sur les déchets qu’on produit et notre façon de consommer. Enfn, nous travaillons sur la mise en valeur de ces déchets et de leur réutilisation.  A l’échelle de la construction de mon bateau, on a des pistes sur lesquelles on travaille. On a conscience qu’il faut faire mieux et si on peut, on le fera. Pour l’heure, on attend de voir si nos essais sont concluants avant de communiquer dessus.Sur la partie équipements et notamment les voiles, on va également travailler sur des fibres alternatives.  La v.2 de Crédit Mutuel (158) a-t-il pris en compte dans sa conception un tour du monde comme The Race Around ? Oui, bien entendu. Le tour du monde est dans le cahier des charges depuis le début pour deux raisons. D’abord parce que je suis une personne très sensible à ce parcours-là. Faire un tour du monde sur une route le plus proche d’un parcours sans escales m’a toujours attiré.  L’autre raison est plus pragmatique et c’est l’investisseur qui parle. Notre projet va jusqu’à la Route du Rhum 2022. On va tout faire pour continuer derrière et potentiellement participer à The Race Around. On a donc tout fait pour rendre ce bateau compatible à un tour du monde en restant performant. Si jamais on n’arrive pas à réunir les budgets après le Rhum, le bateau sera à vendre avec un tour du monde à venir avec un bateau qui sera particulièrement adapté à cette course et à ses règles.


ENDS...


Image 1: Credit - Christophe Breschi

Image 2/3/4: Credit - Sam Cade

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